Le slim est-il toujours

à la mode ?

Que l’on parle de costume, de chinos, de jeans, ou même de blazers, la question de la coupe tendance à adopter refait régulièrement surface dans les différents débats que nous pouvons avoir avec nos clients.

 

En l’occurrence, j’ai décidé de consacrer un article sur ce sujet après avoir longuement échangé avec un futur marié lors du salon du mariage de Toulouse, il y a quelques jours. La question était posée précisément comme ceci : le slim est-il toujours à la mode à l’époque des pantalons plus courts et du retour aux coupes larges de façon plus générale ?

 

Derrière cette question se cache évidemment la difficulté à comprendre la tendance de cette fin de décennie, tant les styles semblent s’entremêler au point que l’on n’y voie plus tout à fait clair. La tendance se définit par l’ensemble des us et coutumes d’une époque donnée, ou d’une bribe d’époque. Tentons d’y voir plus clair sur les différents styles tendances en termes de coupe :

L’ultra slim tend à disparaître peu à peu dans les tendances d’aujourd’hui

Il y a encore une dizaine d’années, la règle était simple : plus c’est slim, plus c’est tendance. Aujourd’hui, on observe un véritable basculement de ce qui à l’époque apparaissait comme un dogme irréversible. Les pantalons cigarettes ont laissé place aux couples plus évasées, en tout cas au niveau des mollets. Le pantalon fuselé semble donc appartenir à une époque révolue, comme emporté avec les derniers tubes rock du début des années 2010…

 

Il faut dire que la chute du marché du jeans n’y est pas étrangère. A force de nous vendre du jeans à toutes les sauces, les grandes enseignes de prêt-à-porter se sont fait prendre à leur propre piège. Le jeans a subi une baisse des ventes non-négligeables au cours des cinq dernières années.

 

La tendance est clairement au pantalon en coton, autrement appelé chino (parfois à tort d’ailleurs). Il n’y a pas de secret : si l’on se sent plutôt à l’aise dans un jeans serré au niveau des mollets, il n’en est rien du pantalon en coton. On préfère s’y sentir bien, libre dans ses mouvements. Surtout le coton n’a pas le pouvoir élastique du jeans au tissu beaucoup plus stretch par sa recomposition. La disparition du port du costume dans de nombreux corps de métier est également en partie responsable de ce changement de style qui rentre peu à peu dans les mœurs.

 

En effet, si il y a encore dix ans, le costume était obligatoire dans des secteurs tels que la grande distribution par exemple, aujourd’hui, il n’est pas rare de croiser des cadres dirigeants en tenue davantage décontractée et en accord avec l’époque. Les dirigeants de start-up ont préféré adopter un style plus détendu, et réservent généralement les quelques costumes qui composent leur garde robe pour les rendez-vous importants. C’est ainsi que le chino s’est démocratisé auprès des différentes couches de la société.

 

Aujourd’hui, seuls les vêtements dits sportswear adoptent encore un style ultra slim, davantage par nécessité de confort que par véritable choix stylistique.

Le pantalon court a réinventé la manière de porter ses vêtements

Que l’on se comprenne bien. Il y a une vraie différence entre ce qui relève du très ringard « pantacourt » démocratisé aussi vite qu’il a disparu au début des années 2000, et le pantalon qui s’arrête à peine au-delà de la malléole tel que l’on le porte depuis bientôt une demi-décennie. Cette mode ne se cantonne d’ailleurs pas au port du costume. Le chino et même le jeans ont également entamé un virage vers cette mode du pantalon plus court. Or, après quelques tentatives de combiner l’effet court et slim, les stylistes des maisons les plus influentes du prêt-à-porter ont abandonné cette idée. Désormais, on assume de porter un pantalon plus large. Vous me direz, rien d’original dans le sens où il s’agit simplement d’un retour à ce que l’on voyait dans les années 90’. Sauf que lorsque vous regardez une vieille photo de la fin du siècle dernier, vous vous apercevrez que le style n’a pas grand-chose à voir avec ce que nous proposent les grandes enseignes en ce début de siècle.

La première différence est que la coupe générale est pensée pour être à la croisée des chemins entre le slim et l’évasé. La mode ne se réinvente jamais vraiment : elle s’inspire en réalité des précédentes tendances pour créer quelque chose d’hybride. Chaque époque alimente la suivante via l’expérience des créateurs des quatre coins du globe. Le passage slim-évasé n’a pas dérogé à cette règle.

 

Si l’on observe une libération du mollet et des bas de pantalons, on se rend compte que les cuisses n’ont généralement pas subi le même relâchement. Le bassin et la ceinture quant à eux restent bien maintenus, ce qui permet à la silhouette de conserver une coupe ajustée dans l’ensemble. D’autres virages stylistiques sont d’ailleurs apparus au niveau de la taille. Si la taille haute a été ringardisée par l’arrivée des baguis et autres tailles basses au début des années 2000’, elle effectue un retour tonitruant depuis quelques saisons.

On observe également une tendance à l’association des coupes a priori antagonistes. Il n’est pas rare de voir désormais un homme opter pour une veste ultra large, avec une coupe que l’on appelle « oversize », et en même temps porter un pantalon taille haute, légèrement relevé et fuselé. Inversement, le pantalon évasé s’associe volontiers avec une veste aux coupes ultra-modernes : finitions plus courtes pour le dos et les manches et cintrage marqué. Davantage qu’un virage à 180 degrés, l’évolution de la mode ces dernières années s’apparente à une association de coupes affichant simultanément différents clins d’œil aux époques fraichement traversées.

La tendance du slim peut-elle revenir ?

Dans l’histoire de la mode récente, le slim a eu grossièrement deux âges d’or : La fin des années 60’ amenée par la démocratisation du rock notamment aux Etats-Unis, et la fin des années 2000’. On trouve souvent des parallèles assez éloquents entre la mode et le contexte socio-culturel d’une époque donnée. Si l’on tente un parallèle rapide entre ces deux temps, on se rend compte que l’essor de coupes fittées pourraient coïncider avec le sentiment de quitter une époque et ses excès.

 

La fin des trente glorieuses en occident apparaît comme une rupture avec le cercle vertueux de nos sociétés de production et de consommation. La fin des années 2000’ s’apparente quant à elle à la crise financière puis économique et sociale de ce début de siècle qui s’est propagée rapide à travers le monde. Dans les deux cas, les années qui ont suivi ont été marquées par l’essor de styles plus amples, comme si les hommes avaient besoin de relâcher la pression par la même occasion qu’ils relâchaient l’aisance de leurs finitions. Il ne serait dès lors pas absurde de voir une ressemblance étrange entre la pâte d’éléphant des années 70’ et le pantalon évasé des années 2010’…

Que faut-il en déduire ? Nous dirigeons-nous tout droit vers une décennie semblable à celle des années 80’ ? L’excès sera-t-il la norme d’ici quelques saisons ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain c’est que la mode évolue de plus en plus vite, à mesure que les réseaux sociaux se développent et nous poussent à nous lasser toujours plus rapidement de nos habitudes. On pourrait dès lors imaginer la mode de ces prochaines années comme un mélange d’influences des époques  et précédentes, comme des régions du monde dont l’influence sur l’occident grandit à vue d’œil. Allons-nous tout droit vers une mode venue d’ailleurs ?

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