Le Joker :

Analyse du look et de sa transformation

Joker”, est sans nul doute l’un des films les plus marquants de l'année 2019. Le réalisateur Todd Philipps, que l’on connaît à travers des films comme “Very Bad Trip” et “War Dogs”, s’est révélé dans un film mélancolique, froid et percutant.

 

Nous y retrouvons un Joaquin Phoenix physiquement méconnaissable avec sa perte de 15 kilos, et psychologiquement instable dans la rémanence de sa mystérieuse énergie et de son regard sombre.

 

Numéro 1 au box-office américain, salué par une ovation de huit minutes à la Mostra de Venise, en lisse pour les oscars; “Joker” est incontestablement une réalisation poignante qui mérite son analyse.

 

Nous n’allons pas parler du film dans son ensemble : les critiques cinémas le feront bien mieux que moi. En revanche, je me suis posé de nombreuses questions quant au nouveau style du Joker. Contrairement aux anciens films, l’histoire n’est pas centrée sur le Joker, mais sur la façon dont il est devenu le joker. Todd Philipps nous offre une vision très différente de ses prédécesseurs. Nous allons donc analyser ensemble les différents styles vestimentaires des Jokers ainsi que celui d’Arthur Flecks.

Cette analyse vestimentaire est strictement subjective et personnelle : nous tentons d’imaginer ce qu’ont voulu exprimer les chefs costumiers à travers ces personnages. Pour ceux qui n’ont pas encore vu le dernier Joker, attention Spoiler !

Analyse du style du Joker de Nolan

A travers la mise en scène de son Joker, interprété par Heath Ledger, Christopher Nolan dans son film “ The Dark Knight” dresse un portrait très différent du dernier. 

 

Le réalisateur s’est beaucoup inspiré des comics pour créer un Joker diabolique, sanguinaire, qui ne craint pas la mort. Il joue sur la torture psychologique pour détruire ses alliés, en appuyant sur leurs points faibles. Son idéal est de prouver au reste du monde que n’importe qui, s’il est poussé dans ses derniers retranchements, pourrait devenir le servant du chaos. Cette idée est tirée du comics “The killing Joke” d’Alan Moore, dans lequel le Joker tente de prouver sa thèse en faisant vivre une très mauvaise journée à Gordon, le chef de la police de Gotham.

Le joker de Nolan est vêtu d’un gilet vert, d’un frac violet, d’une chemise et d’une cravate à motifs. Le style global est très rétro, les coupes sont larges, les revers sont en pointes, surpiqués et très épais. Nous sommes très loin d’un style propre et neuf.

L’allure globale du Joker nous donne l’impression d’une satire de l’homme moderne, comme s’il jouait à s’habiller comme “monsieur tout le monde” mais avec un message fort dans la mauvaise alliance des motifs et des couleurs.

La personnalité de ce Joker est très bien retranscrite dans la symbolique des couleurs :

Le violet évoque le rêve, la mélancolie, la tristesse et la solitude. Le message envoyé à travers le violet peut être perçu comme le poids de la croyance et de la spiritualité en dépit du matériel. 

Le violet est extrêmement compliqué à marier avec d’autres couleurs, et particulièrement avec le vert. Paradoxalement, le Joker porte un gilet vert et ses cheveux sont également colorés de la sorte. Encore un message caché du chef costumier qui met en avant la personnalité anarchique du Joker qui est à l’encontre des us et coutumes du monde dans lequel il vit.

Le violet est également associé à la magie, grande caractéristique du Joker, avec son merveilleux tour du “crayon magique”.

 

Selon Christopher Nolan, le Joker incarne un absolu, tel qu'on peut le lire au détour d'une interview :

“ On le voit transformer le monde, plutôt que lui-même, il contrôle absolument toutes ses actions. C’est même le seul personnage de tout le film à contrôler ce qui se passe…”

 

Jusqu’au nouveau film de Todd Philipps, personne ne connaissait les origines du Joker. Nous y rencontrons un homme, Arthur Fleck, qui à l’inverse du Joker de Nolan, ne contrôle absolument rien.

Analyse du style d’Arthur Fleck

Arthur est un jeune comédien raté qui vit avec sa mère, atteint d’une maladie qui le fait rire de façon incontrôlable. C’est le rejet de Gotham. Les aides psychologiques qu’il reçoit se stoppent pour des raisons de coupes budgétaires, il subit des injustices à son travail en tant que clown et chaque jour qui passe est une journée de plus qui va le mener sur le chemin de sa liberté. On assiste, impuissant, à sa vie tragique qui devient une comédie lorsqu'il accepte enfin le chaos qui l’entoure et qui l’anime.

 

Nous sommes ici très loin du Joker de Nolan : confident, machiavélique, toujours avec une longueur d’avance. Arthur est plus une sorte de grand enfant, qui rêve sa vie à travers des fantasmes d’amour et de succès.

Ses habits sont très souvent les mêmes dans le film: Sweat à capuche beige, pull gris et chemise blanche. Il ne fait en aucun cas attention à son apparence. Arthur vit dans sa bulle, conscient de son invisibilité aux yeux de cette société, il s’habille selon une logique strictement fonctionnelle.

 

Pour habiller Arthur Fleck, le chef costumier a tenté de se mettre dans la peau du personnage. C’est un homme d’une trentaine d’années, vivant dans les années 80', évoluant sans image patriarcale, avec peu d’argent… S’habillerait-il comme un petit garçon ou encore un jeune adolescent? Une chose est sur,  l’identité vestimentaire n’est pas encore ancrée dans la tête d’ Arthur Fleck avant qu’il ne devienne le Joker.

 

Les journées passent, jusqu’à LA mauvaise journée, comme si le Joker de Nolan lui avait soufflé à l’oreille d'arrêter de nager à contre-courant du chaos.

Analyse du style du nouveau Joker

Le joker de Todd Phillips est bien différent de celui de Christopher Nolan, il provoque naturellement le chaos autour de lui, sans le vouloir. C’est la flammèche qui allume la dynamite.

 

Nous retrouvons ici un Joker très coloré, avec un gilet or et un costume rouge

 

Nous devons cette nouvelle création à Mark Bridges, un costumier de talent qui a déjà oeuvré dans de grands films comme “Inhérent Vice”, “The Artist” ou “Phantom Thread”.

Il a notamment remporté l’oscar du meilleur costume pour “The artist” en 2012 et de “Phantom Thread” en 2018. Sa philosophie est de raconter subtilement une histoire à travers ses créations, et c’est exactement ce qu’il a fait pour le Joker.

 

Il s’est déjà beaucoup inspiré de l’accentuation des couleurs que l'on retrouve dans le premier Joker de Cesar Romero dans le Batman de 1966, qu’il a vu pour la première fois alors qu'il n'était qu'un enfant.

 

Une autre inspiration est celle de style de Bernhard Goetz, un homme seul qui a tiré sur quatre Afro-américains dans le métro de New York. Il s’en souvient très bien car il y vivait à cette époque en 1984 et cette histoire l’a beaucoup marqué.

En s’y penchant de plus près, nous découvrons pléthore de messages cachés dans l’analyse de la symbolique des couleurs portées par le Joker.

Le gilet or

L’or est le métal précieux par excellence, inoxydable, inattaquable. L’or des alchimistes symbolise la perfection, le but à atteindre. Il ne s’agit pas du métal jaune comme on le croit souvent, mais d’une évolution intérieure, d’une élévation de l’alchimiste lui-même, du plan matériel vers le plan spirituel.

 

Dans les rêves, l’or est un trésor que l’on possède en soi, révélant de précieuses énergies psychiques. Le message est d'autant plus poignant lorsque cette couleur est portée à même le torse du Joker, comme un gilet pare-balle, inatteignable.

La chemise vert sapin

La symbolique du vert sapin est le renouvellement. Il exprime la fluidité du lien qui relie le haut et le bas. Dans le film de Todd Philipps, on peut l’assimiler à une analogie avec les riches d’un côté et les pauvres de l’autre. C’est une couleur automnale, qui correspond très bien aux personnes qui ont un teint très blanc. Autant dire que l'on ne pouvait pas mieux tomber avec le Joker.

La veste et le pantalon rouge

La symbolique du rouge est la désignation de la vie et surtout du besoin de survivre, d’agir. Il s'agit en somme d'une couleur revitalisante.

 

Dans le script initial, le Joker devait arborer un style "terracotta" des années 70'. Bridges a finalement opté pour le rouge éclatant des années 80'.

 

Le maquillage se rapproche davantage d’un clown que d’un criminel qui provoque le chaos, mais qui n’est pas encore malveillant. Quant à la teinture, la coiffeuse s’est inspiré d'éléments naturels comme le brocoli, mélangé à du colorant pour donner cet effet unique, fait maison.

 

Selon Mark Bridges « Il a sûrement les mêmes pulls et t-shirts depuis des années, et quand il fait sa lessive, il met tout avec le linge sa mère. Cela influence le style des vêtements ».

On peut donc imaginer qu’il a récupéré de vieux vêtements de son armoire et qu’il a concocté lui-même son colorant pour les cheveux.

Analyse du style du futur Batman

De nombreux débats on fait leur apparition quant à la suite de ce film. Aura-t-on la chance de visionner la suite du Joker de Phillips? La plupart s’accordent sur le fait qu’il n’y aura malheureusement pas de suite. Sur la scène de fin, on peut penser que l’ensemble du film n’est qu’un fantasme imaginé par le Joker. Quoi qu’il en soit, si nous devions imaginer une suite, nous serions très loin du scénario manichéen. Le Joker n’est pas le mal absolu, alors pourquoi Batman serait-il le bien? 

Dans un univers bien plus réaliste, à quoi ressemblerait-il ?

Je ne pense pas que dans une suite imaginée par Todd Philipps, nous y verrions un Batman bodybuildé, avec une cachette secrète qui s’est construite toute seule sous une cascade, volant d’immeuble en immeuble, appelant à l’aide ses amis les chauves-souris via un système d'ultrason.

 

J’y verrais un homme qui a vécu le même rejet social que le Joker, mais avec un chemin de vie complètement différent, dans une optique de Ying et de Yang, comme Gaara/Naruto ou Light/L (les geeks comprendront).

Le Batman porterait un costume entièrement noir, avec une chemise noire en col Mao, sans cravate, son visage toujours caché par son masque. 

 

Le noir est associé au deuil, à la tristesse et à la peur. Il fait également écho à l'autorité, à l'austérité et à la rigueur. 

 

A la fin du film de Phillips, nous voyons les habitants de Gotham craquer face à la dureté de leur vie, avec pour seul objectif de tout faire brûler. Le but du Batman sera de brandir le symbole inverse de celui du Joker:  l’espoir. La néguentropie face à l’entropie.

Ce qui fascine dans le personnage du Joker est son origine. On n’a jamais connu les origines du Joker : tout le film peut être un énorme mensonge. Lorsqu’on demande au Joker de Nolan d'où il vient, lui-même l’a oublié... Ainsi, le mythe perdure. On ne sait rien sur lui.

C’est un personnage énigmatique qui fait ressortir le chaos que nous avons tous en nous.

Aujourd’hui, les traits de ce héros anarchique sont utilisés comme symboles dans de réelles manifestations à travers le monde.

Nous avons pris beaucoup de plaisir à analyser les différents styles du Joker. Si ce format vous plaît, n’hésitez pas à voter pour le thème de notre prochain article sur notre page Instagram.

 

Si vous souhaitez vous créer la réplique exacte du style d’un des Jokers, c’est possible avec By Monsieur, il vous suffit de prendre rendez-vous directement sur le site.

Voici le lien de notre dernier article, sur le style Peaky Blinders.

Julien : 06 68 30 75  53

Hugo : 07 88 12 94 58

contact@bymonsieur.com